L’Art de la conversation
Écouter, rebondir, captiver : 64 textes de l’Antiquité à nos jours
Par Hugo Marie Grimaldi d’Esdra
« J’ai fait ce livre pour moi, d’abord. Pour retrouver le goût d’une chose qui se perd : parler avec quelqu’un, longtemps, sans autre but que d’être là. » Soixante-quatre textes, de Platon à Byung-Chul Han, racontent comment on a conversé, au banquet, au salon, à la cour, et comment on a perdu l’habitude de le faire. Chaque texte est précédé d’une notice qui situe l’auteur et l’ouvrage, avec le souci du trait juste et une légère ironie. Une archéologie de la conversation, pour réapprendre à écouter, à rebondir et à captiver.
- Soixante-quatre textes en six parties : l’Antiquité, le Moyen Âge et la Renaissance, les temps classiques, les temps modernes, le XIXe siècle et le monde contemporain.
- De Platon, Cicéron et Plutarque, qui enseigne l’art d’écouter avant de parler, à Montaigne, La Rochefoucauld, madame de Sévigné, Voltaire, Diderot, Proust, Hannah Arendt et Théodore Zeldin.
- Les contre-allées aussi, de Pétrone à Laclos, de Sénèque à Cioran : la conversation se définit par ses déchéances autant que par ses triomphes.
- Deux notes sur des maîtres de la parole, Talleyrand et Chamfort, et une note sur Le Souper de Molinaro : conversation ou négociation ?
- Trois tables, des personnages, des notions et des œuvres, pour retrouver un texte et y revenir.
Pour ceux qui aiment parler et voudraient mieux écouter : managers, enseignants, négociateurs, hôtes qui reçoivent à leur table. Pour ceux aussi qui ont pris l’habitude des messages brefs et regrettent les longues soirées où l’on cause. On peut le lire d’un bout à l’autre, ou un texte par soir. Le volume s’achève là où commence le suivant de la collection, L’Art de la négociation.
Introduction générale · De la parole échangée comme fondement de la cité
On a beaucoup écrit sur l’éloquence, qui est la parole en action ; sur la rhétorique, qui en est l’art ; sur la poésie, qui en est le rêve. Mais la conversation, cette parole sans cesse reprise, interrompue, détournée, rachetée, demeure plus mystérieuse. Elle n’a pas de monument propre. Elle ne se laisse pas aisément citer. On peut retrouver le discours de Démosthène contre la couronne ; on ne retrouvera jamais la conversation qu’il eut, un soir d’octobre, dans un jardin d’Athènes, avec un ami qu’il aimait. Elle appartient au domaine de l’informel, et c’est pourquoi elle touche au plus secret des rapports humains.
Pourtant, à travers les âges, des esprits supérieurs ont tenté de la fixer, de la régler, de la célébrer ou de la dénoncer. Platon en fit le véhicule de la philosophie. Cicéron en fit l’ornement de la République. Les lettrés de la Renaissance en firent la grâce des cours princières. Au dix-septième siècle, elle devint une science de l’apparence et une morale de l’intelligence. Au dix-huitième, elle fut l’âme des salons et, parfois, le masque de la tyrannie. Le dix-neuvième siècle la rêva perdue ; le vingtième la vit éclater sous le poids des foules et des machines.
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