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Six minutes pour transmettre · le podcast de la collection L’Art de…
Couverture de L’Art de la conversation
Tome 4 · 4 min 19 s

L’Art de la conversation

Écouter, rebondir, captiver, de Hugo Marie Grimaldi d’Esdra

Le livreLe Carnet de ressourcesTélécharger (MP3)

Musique : générique original composé pour la collection L’Art de…, libre de droits.

Le texte de l’épisode

La journaliste. Bienvenue dans « Six minutes pour transmettre ». Une petite question pour commencer : la dernière fois que vous avez parlé avec quelqu’un, longtemps, sans regarder votre téléphone… c’était quand ?

Le journaliste. Pas facile à dire, n’est-ce pas ? On n’a jamais autant échangé : des messages, des vocaux, des visios. Et pourtant, la vraie conversation se fait rare.

La journaliste. C’est tout le sujet de « L’Art de la conversation », le quatrième volume de la collection « L’Art de… ». Soixante-quatre textes, de Platon à nos jours.

Le journaliste. Avec une idée simple : une conversation, ce n’est pas deux monologues qui se croisent. C’est quelque chose qu’on construit à deux.

La journaliste. Alors, on commence par écouter ?

Le journaliste. Oui. Il y a presque deux mille ans, le Grec Plutarque écrit un petit traité, « Comment écouter ». Et son conseil, le voici : « N’écoute pas pour répliquer ; écoute pour comprendre. »

La journaliste. Aïe. Ça me parle. En réunion, je prépare souvent ma réponse pendant que l’autre parle encore.

Le journaliste. Tu n’es pas la seule. Plutarque décrit même le petit hochement de tête poli de celui qui n’a rien entendu et attend son tour. Pour lui, c’est une double impolitesse : envers l’autre, et envers soi-même. On perd la moitié de ce que l’échange pouvait apporter.

La journaliste. Et le silence, dans tout ça ?

Le journaliste. Plutarque l’aime beaucoup. Deux amis qui se taisent ensemble, sans gêne, se parlent parfois mieux qu’avec des mots.

La journaliste. Deuxième geste ?

Le journaliste. Rebondir. Et là, le maître, c’est Montaigne. Il consacre tout un chapitre des Essais à ce qu’il appelle « l’art de conférer ». Il aime les échanges vifs, à condition qu’ils restent sans aigreur.

La journaliste. Et sa méthode ?

Le journaliste. Se laisser emmener. Il écrit qu’il aime « laisser flotter mes pensées selon son mouvement », celui de l’autre. Et il avoue y avoir souvent trouvé plus de fruit que dans ses propres idées.

La journaliste. J’adore. Rebondir, ce n’est pas attendre son tour pour placer son idée. C’est accepter que l’autre nous emmène ailleurs.

Le journaliste. L’inverse d’un fil d’actualité, qui nous montre surtout ce que nous pensons déjà.

La journaliste. Le livre a aussi ses pages plus sombres, non ?

Le journaliste. Oui, avec La Rochefoucauld. Au dix-septième siècle, il observe les salons, et son verdict est sévère : dans la conversation, l’amour-propre se déguise. Il se fait modestie pour attirer l’éloge, franchise pour cacher la ruse.

La journaliste. Remplacez les salons par les réseaux sociaux… et le portrait n’a pas pris une ride !

Le journaliste. Troisième geste : captiver. Et le maître, ici, est un homme qui parlait peu : Talleyrand.

La journaliste. Quelqu’un qui parlait peu ? Pour captiver ?

Le journaliste. Justement. Il causait sans hâte, écoutait beaucoup, et laissait toujours un espace vide derrière ses phrases. Les autres s’y avançaient, croyant gagner du terrain. En réalité, ils entraient dans le sien.

La journaliste. Bien vu !

Le journaliste. Le livre se referme d’ailleurs sur un film, « Le Souper », d’Édouard Molinaro. Juillet 1815, trois semaines après Waterloo. Talleyrand et Fouché soupent aux chandelles, et décident en deux heures de ce que sera la France.

La journaliste. Alors, conversation ou négociation ?

Le journaliste. Les deux. La négociation, c’est le fond. La conversation, c’est la forme. Et la forme compte : on ne peut pas négocier ce qu’on ne peut pas dire.

La journaliste. Et aujourd’hui, on fait comment ?

Le journaliste. L’historien Théodore Zeldin a passé des années à faire converser des inconnus. Sa méthode est à la portée de chacun : poser des questions sincères. Et écouter la réponse, non pas pour la réfuter, mais pour la comprendre.

La journaliste. Alors, petit exercice pour cette semaine ! Au prochain repas, retournez votre téléphone sur la table. Et posez une seule vraie question, une question dont vous ne connaissez pas la réponse.

Le journaliste. Puis écoutez jusqu’au bout, sans préparer la vôtre. Laissez un silence avant de rebondir. Vous verrez : la conversation change de nature.

La journaliste. Le texte de cet épisode vous attend sur formadilib.fr.

Le journaliste. Et « L’Art de la conversation », de Hugo Marie Grimaldi d’Esdra, est disponible sur Amazon.

La journaliste. À bientôt, et bonne conversation !

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