L’Art du temps à soi
Ralentir pour vivre et travailler mieux, de Hugo Marie Grimaldi d’Esdra
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Musique : générique original composé pour la collection L’Art de…, libre de droits.
Le texte de l’épisode
La journaliste. Bienvenue dans « Six minutes pour transmettre », les podcasts de la collection « L’Art de… ».
Le journaliste. Six minutes, c’est peu. C’est déjà beaucoup, si on les passe vraiment ici !
La journaliste. Aujourd’hui, le temps : celui qui manque, celui que l’on perd, et celui que l’on garde pour soi.
Le journaliste. Et on commence il y a deux mille ans. Un sénateur romain rentrait chez lui le soir et faisait ses comptes. Il s’appelait Pline le Jeune.
La journaliste. Une journée à Rome lui semblait pleine ; vingt journées mises bout à bout lui semblaient vides. Une cérémonie, des fiançailles, un testament à signer : chaque rendez-vous était nécessaire. C’est leur somme qui était absurde. Alors, le soir, ce cri :
Le journaliste. À quelles bagatelles ai-je perdu mon temps !
La journaliste. Pline n’avait pas de téléphone.
Le journaliste. Et il avait déjà tout compris ! C’est par lui que s’ouvre « L’Art du temps à soi », le troisième volume de la collection, signé Hugo Marie Grimaldi d’Esdra. Trente-sept témoins, de Sénèque à Simone Weil.
La journaliste. Le livre ne les présente pas comme des monuments. Il les appelle à la barre, comme des témoins qui ont vécu, eux aussi, des journées trop courtes.
Le journaliste. Premier témoin, et il donne un ordre. Sénèque écrit à son ami Lucilius, un homme très occupé :
La journaliste. Suis ton plan, cher Lucilius ; reprends possession de toi-même : le temps qui jusqu’ici t’était ravi, ou dérobé, ou que tu laissais perdre, recueille et ménage-le.
Le journaliste. Le verbe latin vient du droit romain : on revendique un bien que l’on vous a pris.
La journaliste. Pour Sénèque, le temps nous est enlevé de trois manières : par la force, par la ruse, et par notre négligence. La troisième est la pire.
Le journaliste. C’est la première leçon du livre : le temps nous est volé avec notre consentement. On défend son champ les armes à la main, et l’on laisse n’importe qui entrer dans sa vie.
La journaliste. Tout le reste est d’emprunt, le temps seul est notre bien.
Le journaliste. Deuxième leçon : le temps bien employé est un temps réglé.
La journaliste. Les grands emplois du temps se ressemblent, de saint Benoît à Benjamin Franklin. Un lever tôt, des heures fixes, le corps et l’esprit en alternance, un examen du soir. La méthode n’a pas changé. Seuls les instruments ont changé.
Le journaliste. En 1908, un romancier anglais, Arnold Bennett, écrit pour les employés de bureau de Londres. Et sa découverte est d’une simplicité désarmante :
La journaliste. Vous vous réveillez le matin, et voici que votre bourse est miraculeusement remplie de vingt-quatre heures du tissu brut de l’univers de votre vie. Elles sont à vous.
Le journaliste. Personne n’en reçoit davantage que vous. Personne n’en reçoit moins !
La journaliste. Bennett ne demande pas grand-chose : une heure et demie, trois soirs par semaine, pour lire et penser. Mais il demande de la défendre comme un rendez-vous d’affaires.
Le journaliste. Troisième leçon : la vitesse n’est pas un gain de temps. Vers 1910, le philosophe Alain prend le train. Autour de lui, les voyageurs se plaignent de la longueur du trajet. L’un d’eux avoue :
La journaliste. Je compte les minutes et les tours de roue ; je pousse le train ; je pousse le temps.
Le journaliste. Nous aussi, nous poussons le temps : dans les files d’attente, dans les réunions, devant l’écran qui charge.
La journaliste. Alain propose de regarder par la fenêtre, et de garder sa force pour le juste moment.
Le journaliste. Ce juste moment, les Grecs lui avaient donné un nom. Chronos, c’est le temps qui passe et que l’on mesure : l’horloge, l’agenda.
La journaliste. Kairos, c’est l’occasion, l’instant où il faut agir. On le représentait avec une mèche sur le front et le crâne chauve par-derrière.
Le journaliste. On l’attrape quand il vient. On ne le rattrape plus quand il est passé !
Le journaliste. Quatrième leçon, peut-être la plus neuve : ce n’est pas le temps qui compte, c’est l’attention. En 1942, à Marseille, Simone Weil écrit :
La journaliste. Vingt minutes d’attention intense et sans fatigue valent infiniment mieux que trois heures de cette application aux sourcils froncés qui fait dire avec le sentiment du devoir accompli : j’ai bien travaillé.
Le journaliste. Les manuels d’aujourd’hui appellent cela, en anglais, le travail profond.
La journaliste. Une philosophe française de trente-trois ans l’avait écrit dans une lettre.
Le journaliste. Et le livre ne s’arrête pas aux idées. Il se termine par un exercice, sur une feuille, pas sur un écran. En haut, la question du matin de Franklin :
La journaliste. Quel bien ferai-je aujourd’hui ?
Le journaliste. Notez d’abord ce qui n’est pas négociable : le sommeil, les repas, le travail. Cherchez ensuite une heure du matin, une seule, pour ce qui compte et que personne ne vous demande.
La journaliste. Placez une promenade, une demi-heure, à pied, sans rien écouter. Laissez une case vide : l’occasion ne se loge que dans le vide. Et en bas, la question du soir :
Le journaliste. Quel bien ai-je fait aujourd’hui ?
La journaliste. Cinq minutes chaque soir, pendant une semaine. Pas pour se juger : pour voir.
Le journaliste. Au bout de trois jours, la méthode aura flanché. C’est arrivé à Franklin, et il a gardé la feuille !
La journaliste. L’art du temps à soi n’est pas une réussite, c’est une pratique. Montaigne, dans sa tour, en avait trouvé le seul secret :
Le journaliste. Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors.
La journaliste. Pour aller plus loin, rendez-vous sur formadilib.fr : le texte de cet épisode vous y attend.
Le journaliste. Le livre de Hugo Marie Grimaldi d’Esdra, « L’Art du temps à soi », est disponible sur Amazon. À très vite pour six nouvelles minutes !
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