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Couverture de Après 60 ans, rompre avec l’ennui
Tome 4 · 5 min 49 s

Après 60 ans, rompre avec l’ennui

Des journées qui comptent : sortir du vide sans tout changer, de Solène Vardan

Le livreLe Carnet de ressourcesTélécharger (MP3)

Musique : « Toss the Dice », de Dustin Trimble, par Touch ’N Go, orchestre de l’US Air Force en Europe. Domaine public.

Le texte de l’épisode

La journaliste. Bienvenue dans « Six minutes pour se relancer ». Il y a une drôle d’ironie dans la retraite : après des années à courir après l’heure, on la regarde parfois passer avec une pointe de honte. L’ennui est-il un mal à chasser, ou un signal à écouter ? Un livre de Solène Vardan pour rompre avec l’ennui et retrouver des journées qui comptent.

FormadiLib. La honte vient souvent d’une idée tenace : quand on est libre, on devrait forcément savoir quoi faire de son temps. Comme si les journées vides étaient une faute de goût. Pourtant, l’ennui peut apparaître au moment même où les obligations reculent. Les heures se libèrent, mais les envies ne sortent pas toujours au premier appel.

La journaliste. Après avoir longtemps vécu avec un agenda plein, ce vide peut ressembler à une pièce sans meubles. On ne sait plus où poser son attention. On se dit dans la vie de tous les jours : « J’ai enfin du temps, pourquoi est-ce que je ne profite pas ? » Cette question ajoute un reproche à l’ennui, comme si la liberté venait avec un mode d’emploi.

FormadiLib. Le livre invite à ne pas confondre fatigue, lassitude et ennui. Quand le corps réclame du repos, un projet n’est pas la réponse. Quand tout se répète, changer un détail peut aider. L’ennui, lui, peut signaler qu’un désir ou un enjeu manque. Nommer ce qu’on ressent ne le fait pas disparaître, mais évite parfois de répondre à côté.

La journaliste. Je résiste quand même à l’idée de faire de chaque malaise un messager plein de sagesse. Certains après-midi sont simplement interminables. Et si l’on gratte trop, on risque de transformer un fauteuil en cabinet d’analyse. Tout n’a pas besoin de révéler une vocation cachée. Est-ce que le livre laisse aussi le droit de ne pas savoir, ou de ne rien vouloir ?

FormadiLib. Oui. Le désir ne se commande pas, et le vide n’est pas toujours fécond : il peut aussi laisser tourner des pensées pénibles. Le livre ne demande pas de fabriquer une grande réponse. Il propose plutôt de laisser une place à l’envie, sans la convoquer comme un employé en retard. Parfois, ne pas combler l’ennui tout de suite suffit à l’entendre.

La journaliste. C’est difficile, parce que nos réflexes ont les doigts rapides. Téléphone, télévision, petite occupation improvisée : en quelques secondes, le silence est recouvert. Ce n’est pas forcément mauvais. Mais si chaque creux disparaît sous une distraction, une question reste sans espace : qu’est-ce qui me ferait envie, là, aujourd’hui, même à petite échelle ?

FormadiLib. Le livre formule cette distinction avec netteté : « Se distraire occupe. Un enjeu engage. » Une activité prend une autre couleur quand quelque chose en sort, qu’une personne le reçoit et qu’une suite se dessine. Cela ne veut pas dire qu’il faut devenir utile à chaque minute. Mais être attendu quelque part, même pour une petite chose, peut donner une adresse aux heures.

La journaliste. L’exemple de Valérie m’a touchée. À soixante-huit ans, après près de quarante ans comme cadre bancaire, elle vit ses journées de retraite comme un gouffre et cache son ennui. À l’atelier, elle écrit enfin qu’elles sont vides et qu’elle n’ose le dire à personne. Cette phrase ne résout rien, mais elle cesse de faire semblant.

FormadiLib. Et le geste de le dire change quelque chose. Valérie revient à l’atelier, puis redécouvre son goût pour les chiffres en aidant une association de quartier. Pas de révélation spectaculaire, ni de conversion soudaine à la joie. Une compétence retrouve un endroit où servir. Son histoire rappelle qu’une envie peut se cacher sous une habitude oubliée, sans réclamer un grand destin.

La journaliste. Je trouve important que son ennui ne soit pas traité comme un défaut de caractère. On peut avoir eu une vie active, des responsabilités, des journées bien remplies, et ne pas savoir quoi choisir quand tout s’arrête. Peut-être que l’on regrette moins le travail lui-même que sa structure : les rendez-vous, les attentes, le sentiment que quelqu’un compte sur nous.

FormadiLib. Une fonction donne une forme au temps. Quand elle disparaît, il faut parfois en inventer une autre, à sa mesure. Pas pour remplacer le métier à l’identique, ni prouver qu’on reste productif. L’ennui peut aussi pointer vers une envie présente. Elle n’a pas besoin d’être admirable : apprendre l’italien, par exemple, peut suffire à ouvrir une porte. Un ennui qui dure, une perte d’intérêt ou des repères qui se brouillent peuvent aussi appeler une conversation avec une personne de confiance.

La journaliste. Alors, quelle activité continuez-vous par devoir, sans vous demander si elle vous nourrit encore ? Et quand une heure se libère, qu’est-ce qui vous vient avant le réflexe de la remplir ? Je pose ces questions sans attendre une réponse brillante. Peut-être qu’une préférence minuscule, comme sortir marcher ou appeler quelqu’un, vaut mieux qu’un projet grandiose emprunté aux autres. Pour essayer, on peut laisser venir une envie, la formuler au présent et choisir un premier geste faisable. Et si rien ne vient, on ne force pas : le désir a son propre rythme.

FormadiLib. Pour aller plus loin, rendez-vous sur le site formadilib.fr, où le Carnet de ressources du livre vous attend : des idées d’activités près de chez soi, proposées par l’Assurance retraite ; un éclairage de France Inter sur les vertus de l’ennui ; et les ateliers de prévention présentés par Pour bien vieillir. Chaque livre FormadiLib a son Carnet de ressources.

La journaliste. Rompre avec l’ennui et retrouver des journées qui comptent : le livre de Solène Vardan, dans la collection Après 60 ans, est sur Amazon. Et tous les Carnets de ressources sur formadilib.fr.

FormadiLib. Le livre ne prétend pas tout expliquer ni tout réparer. Mais il aide à ne pas confondre une semaine creuse avec un verdict sur sa vie entière.

La journaliste. Merci pour ces heures regardées autrement : parfois, une envie se réveille à voix basse. À très bientôt dans « Six minutes pour se relancer ».

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