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Six minutes pour transmettre · le podcast de la collection L’Art de…
Couverture de L’Art d’écrire
Tome 1 · 5 min 59 s

L’Art d’écrire

Écrire pour être compris en 22 règles, d’Hugo Marie Grimaldi d'Esdra

Le livreLe Carnet de ressourcesTélécharger (MP3)

Musique : Grieg, Suite Holberg (Prélude et Air), par l’orchestre de chambre de l’US Marine Band. Domaine public.

Le texte de l’épisode

La narratrice. Bienvenue dans « Six minutes pour transmettre », les podcasts de la collection L’Art de… Courriels, messages sur le téléphone, comptes rendus, réclamations : nous écrivons tous les jours. Et tous les jours, quelque part, quelqu’un relit trois fois une phrase sans la comprendre.

La narratrice. Le livre part de là : « On n'écrit pas pour soi. On écrit pour quelqu'un qui n'est pas là, qui ne peut pas poser de question, qui ne sait pas ce que l'on sait et qui n'a pas beaucoup de temps. »

La narratrice. Prenez cet objet de courriel : « Information importante concernant votre contrat ». Rien n'est dit, et le mot « important » fait peur pour rien. Le livre propose : « Votre contrat est renouvelé au même tarif jusqu'en 2027. » Tout est dit, dans la seule ligne que tout le monde lit.

La narratrice. Autre exemple, tiré d’un compte rendu : « Le passage au télétravail a soulevé un certain nombre de questions quant à son appropriation par les équipes. » Rien n'y est faux, rien n'y est dit. Dans le couloir, on aurait dit : « On a décidé le télétravail en trois semaines. Les équipes ne savent pas encore s'en servir. »

La narratrice. Écrire clair n’est pas une coquetterie. C’est une question d’efficacité, et de respect pour celui qui nous lit. Pour l’apprendre, le livre que signe Hugo Marie Grimaldi d’Esdra, « L’Art d’écrire », va chercher de vieux maîtres.

La narratrice. Le premier est un maître d’école imaginé en 1884 par Irénée Carré et L. Moy, dans un manuel : monsieur Legay. Son élève s’appelle Jean. Jean écrit un devoir, une lettre à sa tante, une demande d’emploi, et monsieur Legay le corrige sous nos yeux. Sa première leçon pourrait s’afficher dans tous les bureaux :

M. Legay. Écrire sans faire de fautes est bien ; écrire de façon à se faire comprendre est mieux encore.

La narratrice. Pour le jour de l’an, Jean veut faire beau. Il écrit à sa tante : « En ce jour, où l'année recommence sa carrière, notre âme aime à se reporter vers ceux qu'elle chérit. » Le maître corrige :

M. Legay. Voici le jour de l'an : c'est le temps où l'on pense à ceux qu'on aime et qu'on voudrait voir près de soi.

La narratrice. La phrase de Jean sonne comme un discours. Celle du maître, comme quelqu’un qui vous parle. Il en tire la plus courte de ses règles :

M. Legay. On doit écrire simplement, comme on parle.

La narratrice. Nos courriels ont souvent le défaut de la lettre de Jean. « Je me permets de revenir vers vous suite à notre échange du 3 mars concernant le devis… » On cherche la question : elle est tout au bout. Le livre la remonte en première ligne : « Avez-vous pu examiner notre devis du 3 mars ? »

La narratrice. Derrière monsieur Legay, il y a toute une lignée. Pierre Larousse, instituteur à vingt ans, au dix-neuvième siècle. Puis, au tournant du vingtième, Antoine Albalat et Gustave Lanson, qui rappellent à chaque page que l’on écrit pour être compris. Et derrière eux, les écrivains qu’ils citaient. Boileau, d’abord :

La voix des maîtres. Avant donc que d'écrire apprenez à penser.

La narratrice. Penser, c’est d’abord savoir ce qu’on veut dire. Le livre donne un test tout simple : fermez le texte et dites à voix haute, en une phrase, ce que vous vouliez dire. Écrivez cette phrase-là.

La narratrice. Ensuite, on coupe. Voltaire prévient :

La voix des maîtres. Le secret d'ennuyer est celui de tout dire.

La narratrice. Boileau, encore :

La voix des maîtres. Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

La narratrice. Le livre en fait une méthode, en trois reprises : lisible, compréhensible, mémorable. Il l’applique à une lettre ordinaire, celle d’une directrice d’école qui annonce la fête de fin d’année. Cent trente-cinq mots au départ, quatre-vingt-neuf à l’arrivée, aucune information perdue, trois ajoutées. Le parent lit tout, comprend tout, et retient une heure.

La narratrice. La clarté ne sert pas qu’au bureau. Le livre garde une place aux lettres de cœur, celles qu’on n’ose plus écrire. Devant une lettre de condoléances, le maître de Jean avertit :

M. Legay. Quand on a un chagrin sincère, on ne fait pas de phrases.

La narratrice. Nommer le mort par son prénom. Dire un souvenir précis, un seul. Dire ce qu’on fera. Écoutez Hélène :

La lectrice. « Chère Madame Renaud, J'ai appris ce matin pour Pierre. Je le revois en janvier, sur le quai de la gare, avec son écharpe rouge et sa façon de rire avant la fin de ses histoires. Je passe dimanche en fin d'après-midi, si vous le voulez bien. Je suis près de vous. Hélène. »

La narratrice. Quelques lignes, une écharpe rouge, et la personne qui pleure se sent moins seule. Pascal l’avait vu :

La voix des maîtres. Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s'attendait de voir un auteur, et on trouve un homme.

La narratrice. Pourquoi ces vieux maîtres, en 2026 ? Parce qu’ils ont appris à écrire à des enfants, et qu’ils ont dû, pour cela, ramener l’art à des gestes simples. Ce sont des briques. Avec elles, chacun peut écrire une réclamation qui aboutit, un compte rendu qu’on lit, un mot pour un ami, et mieux s’en sortir dans la vie. On ne regarde pas en arrière : on prend racine pour avancer.

La narratrice. Le livre résume tout en trois mots : ordre, coupe, naturel. Et il ajoute une bonne nouvelle : « Il n'y a pas de don non plus, et c'est la bonne : tout le monde peut effacer un adjectif, remonter une phrase, couper là où l'on respire, relire le lendemain. »

La narratrice. Alors, ce soir, écrivez le message que vous devez envoyer. Ne l’envoyez pas. Relisez-le demain matin. Et souvenez-vous : « Écrire court n'est pas écrire vite. C'est écrire deux fois. »

La narratrice. Pour aller plus loin, rendez-vous sur formadilib.fr : le Carnet de ressources du livre vous attend, gratuit. Le livre de Hugo Marie Grimaldi d’Esdra, « L’Art d’écrire », est disponible sur Amazon. À très vite pour six nouvelles minutes.

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