Citations de Talleyrand : les vraies et les fausses
Fiche mémoire — Citations de Talleyrand
Talleyrand parlait peu en société, rapportent certains contemporains, dont Hortense de Beauharnais. On lui prête pourtant des dizaines de mots d’esprit. Beaucoup ne sont pas de lui.
Probablement authentiques
1. « Un ministre de la Police est quelqu’un qui s’occupe d’abord de ce qui le regarde et ensuite de ce qui ne le regarde pas. » Jugée fiable : elle figure dans un livre publié en 1839 par l’ancien diplomate Artaud de Montor, à partir des archives et des confidences de d’Hauterive, proche collaborateur de Talleyrand.
2. « Je veux que pendant des siècles on continue à discuter sur ce que j’ai été, ce que j’ai pensé et ce que j’ai voulu. » Très fiable : rapportée par la comtesse de Kielmannsegge, une proche, dans ses Mémoires publiés en 1928.
3. « M. de Chateaubriand se croit sourd depuis qu’il n’entend plus parler de lui. » Authentique selon l’enquête d’Historia : les mémoires du poète Thomas Moore, publiés en 1856, en font un mot de Talleyrand à Londres, pendant sa dernière ambassade (1830-1834).
4. « J’essaie d’établir la paix du monde en équilibre sur une révolution. » Assez fiable : Lamartine la rapporte dans un discours à la Chambre, d’après une rencontre avec Talleyrand à Londres en 1831.
Incertaines ou douteuses
5. « Si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant. » Possible : Thiers la cite dans son Histoire du Consulat et de l’Empire. Il a pu l’entendre de Talleyrand, ou de Metternich.
6. « Tout ce qui est excessif est insignifiant. » Incertaine : aucune source précise pour cette formule. Des variantes proches circulent dans des discours de Mignet en 1842 et de Berryer en 1855.
7. « L’esprit sert à tout, mais il ne mène à rien. » Douteuse : elle vient des Souvenirs intimes sur M. de Talleyrand d’Amédée Pichot (1870), recueil jugé peu sûr.
Faussement attribuées
8. « C’est pire qu’un crime, c’est une faute. » Fausse attribution : ce mot sur l’exécution du duc d’Enghien, en mars 1804, est donné par les dictionnaires de citations au conseiller d’État Boulay de la Meurthe ; on l’a prêté aussi à Fouché.
9. « Quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare, je me console. » Fausse : la formule n’est pas attestée sous cette forme avant le XXe siècle. L’idée remonte à une réplique du médecin Paul-Joseph Barthez, à qui Talleyrand avait seulement posé la question.
10. « Gouverner les êtres humains, c’est connaître leurs vrais besoins, et non pas obéir à leurs caprices déréglés. » Apocryphe : elle provient d’un recueil de 1909, L’Esprit de M. de Talleyrand, de Louis Thomas.
La question que l’on pose à Google
Qui a dit « Quand je me regarde, je me désole » ?
Ce n’est pas Talleyrand. Selon le site Citations vérifiées, l’idée apparaît d’abord dans une réplique du médecin Paul-Joseph Barthez : interrogé par Talleyrand, il aurait répondu qu’il valait « très peu, quand je me considère », mais « beaucoup quand je me compare ». Le cardinal Maury a prononcé une formule voisine vers 1806. La version rimée que l’on cite aujourd’hui ne s’impose qu’au XXe siècle.
Sources
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- Citations de Talleyrand (cette page)
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