Décider malgré l’incertitude
Managers : choisir sans tout savoir et ajuster son cap, d’Iris Hayden
Le livreLe Carnet de ressourcesTélécharger (MP3)
Musique : Chopin, Nocturne op. 32 n° 2, par Olga Gurevich, piano, pour Musopen. Domaine public.
Le texte de l’épisode
La journaliste. Bienvenue dans « Six minutes pour progresser ». Aujourd’hui, une situation que tout le monde connaît : devoir choisir sans savoir. Nous ouvrons le tome un de la collection Lignes de conduite, « Décider malgré l’incertitude », signé Iris Hayden, aux éditions FormadiLib. Pour commencer, pourquoi est-ce si difficile ?
FormadiLib. Parce qu’on voudrait choisir en connaissant la suite, et que ce n’est presque jamais le cas. Un marché qui hésite, un recrutement, une réorganisation : il manque toujours une information. Le livre cite une phrase de l’écrivain anglais Samuel Butler, tirée de ses carnets : « La vie est l’art de tirer des conclusions suffisantes à partir de prémisses insuffisantes. » Tout le sujet est là.
La journaliste. Alors, la tentation, c’est d’attendre d’en savoir plus.
FormadiLib. Oui, et c’est le premier piège. Attendre paraît prudent. Mais pendant ce temps, la situation continue d’évoluer. Les dépenses courent, des clients s’éloignent, des personnes partent, et ce sont souvent les équipes qui paient l’indécision. Ne pas décider, c’est encore décider, simplement sans le dire. Le livre ne condamne pas toute attente : une attente utile a un objet, une limite et une raison. Elle sert à vérifier quelque chose de précis, pas à repousser le moment.
La journaliste. Et le second piège ?
FormadiLib. L’inverse : se fabriquer une certitude pour se rassurer. On prend une hypothèse pour un fait, on brandit un chiffre très précis qui repose sur une prévision fragile, on se persuade que tout est sous contrôle. La décision paraît solide, elle ne l’est pas. Entre ces deux pièges, le livre propose une voie modeste : décider avec ce que l’on sait, en disant clairement ce que l’on ne sait pas.
La journaliste. Le livre suit une dirigeante, Sandrine. Qui est-elle ?
FormadiLib. Un personnage composé à partir de situations réelles. Elle dirige une entreprise dont l’atelier de mécanique de précision, quarante personnes, est menacé. Les commandes ne suffisent plus. Trois voies s’offrent à elle : fermer, poursuivre sous conditions, ou céder l’atelier. Et ce qui frappe, c’est que sa difficulté n’est pas d’abord technique. Elle a peur. Peur de décevoir, peur de se tromper, et un fort attachement à cet atelier familial.
La journaliste. La peur, justement : faut-il s’en méfier ?
FormadiLib. Ni s’en méfier ni lui obéir. Le livre a une formule juste : écouter sa peur sans lui laisser le choix. Une peur peut signaler un vrai danger, une marge qui se réduit, une personne exposée. Elle mérite d’être entendue. Mais elle ne donne pas la réponse. Il faut la préciser, la relier aux faits, et voir ce qu’elle dit vraiment.
La journaliste. Concrètement, comment fait-on ce tri ?
FormadiLib. C’est là que les outils du livre sont précieux, parce qu’ils sont d’une grande simplicité. Le plus parlant, c’est l’outil deux : une feuille, trois colonnes. Dans la première, les faits : ce que l’on sait vraiment. Dans la deuxième, les suppositions : ce que l’on croit probable. Dans la troisième, les craintes. Et souvent, le paysage change. On découvre que l’on raisonnait sur une supposition, ou qu’une crainte cache un risque que l’on peut vérifier.
La journaliste. Et pour éviter d’attendre indéfiniment ?
FormadiLib. L’outil un, le seuil d’information utile, se résume à une question : si j’obtiens cette information, est-ce que mon choix peut changer ? Si la réponse est non, l’attente ne sert à rien. Si c’est oui, on sait quoi chercher, et jusqu’à quand. Une question, et l’on sort du brouillard.
La journaliste. Et une fois que l’on choisit ?
FormadiLib. Le livre propose d’écrire son pari, avec l’outil neuf. Quelques lignes : le résultat recherché, les hypothèses sur lesquelles on compte, la limite à ne pas dépasser, et le moment où l’on réexaminera. Écrire son pari, c’est accepter qu’il s’agit d’un pari. Et c’est se donner les moyens d’en parler honnêtement, à son équipe comme à soi-même.
La journaliste. Au fond, ces outils servent à quoi ?
FormadiLib. À mettre ses idées à plat. À clarifier pour avancer. Ils ne décident pas à votre place, le livre insiste beaucoup là-dessus. Ils rendent le raisonnement lisible, discutable, révisable. Et ils rappellent une chose qui soulage : une décision raisonnable peut échouer, et une décision fragile peut réussir. Le résultat ne suffit pas à juger la qualité d’un choix.
La journaliste. Et vous, qui nous écoutez, pensez à une décision que vous repoussez en ce moment. Qu’attendez-vous, exactement ? Et cette information, si vous l’aviez, changerait-elle votre choix ?
FormadiLib. C’est exactement l’esprit du livre. Il se lit en trois mouvements : voir ce qui compte, éprouver le choix, assumer et ajuster. Chaque chapitre se termine par une rubrique « Par où commencer », avec un premier geste à faire tout de suite, et un carnet de lecteur de trois pages attend vos propres situations. On peut le lire crayon en main, une décision réelle sous les yeux. C’est un livre qui se travaille.
La journaliste. Que décide Sandrine, finalement ?
FormadiLib. Elle essaie d’abord de poursuivre sous conditions, en surveillant quelques signaux précis. Les confirmations attendues ne viennent pas. Elle choisit alors la cession. Trente-deux postes sont conservés, huit personnes quittent le site. Le livre ne présente pas cela comme une victoire. Il montre une décision que l’on peut expliquer, sans prétendre que tout le monde la vivra comme une réussite.
La journaliste. Pour aller plus loin, rendez-vous sur formadilib.fr. Le Carnet de ressources du livre vous propose notamment le prémortem présenté par l’université Stanford, une introduction à la rationalité limitée, et un guide pour organiser un retour d’expérience. Chaque livre FormadiLib a son Carnet de ressources.
FormadiLib. Décider malgré l’incertitude, collection Lignes de conduite, sur Amazon. Et tous les Carnets de ressources sur formadilib.fr.
La journaliste. Merci, et bonne décision à toutes et à tous.
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