Biais cognitifs : déjouer les pièges
Tester ses certitudes pour prendre de meilleures décisions, de Pierre Adrian Hollis
Le livreLe Carnet de ressourcesTélécharger (MP3)
Musique : Chopin, Nocturne op. 15 n° 1, par Luke Faulkner, piano, pour Musopen. Domaine public.
Le texte de l’épisode
La journaliste. Bienvenue dans « Six minutes pour progresser ». Aujourd’hui, le tome sept de la collection Lignes de conduite. Son titre : « Biais cognitifs, déjouer les pièges ». Il est signé Pierre Adrian Hollis, aux éditions FormadiLib. Et pour commencer, un petit jeu, tiré du livre.
FormadiLib. Volontiers. J’ai en tête une règle secrète. Je vous donne trois nombres qui la respectent : deux… quatre… six. À vous de trouver la règle. Vous pouvez me proposer d’autres séries de trois nombres. Je vous répondrai seulement oui ou non.
La journaliste. C’est facile : on ajoute deux à chaque fois. Je propose huit… dix… douze.
FormadiLib. Oui. Cette série respecte la règle.
La journaliste. Donc j’ai trouvé.
FormadiLib. Pas si vite. Essayez plutôt avec un… cinq… vingt.
La journaliste. Un, cinq, vingt ? Là, on n’ajoute pas deux. Ça ne peut pas marcher.
FormadiLib. Et pourtant, c’est oui. Ma règle était simplement que chaque nombre soit plus grand que le précédent. Votre premier exemple marchait, mais votre explication était trop étroite. Et vous n’avez proposé qu’une série qui allait dans votre sens.
La journaliste. Et c’est ce que nous faisons tous ?
FormadiLib. Très souvent. Le livre adapte ici un exercice du psychologue Peter Wason. Il montre qu’une réponse favorable peut conforter une explication incomplète. Ou, comme l’écrit l’auteur : « Une suite que votre idée exclut peut vous apprendre davantage que trois suites qu’elle accepte. » Ce n’est pas une faute de caractère. Nos raccourcis nous aident à penser sans tout examiner. Mais quand l’enjeu est fort, ils peuvent orienter le jugement à notre insu.
La journaliste. Quels autres pièges le livre décrit-il ?
FormadiLib. Une idée paraît solide quand les éléments qui la confortent viennent facilement à l’esprit. Un premier chiffre peut devenir le repère de toute la comparaison. L’avis d’une personne en position d’autorité peut aussi peser plus que les raisons avancées.
La journaliste. Le livre illustre ces mécanismes avec Antoine Delmas, responsable d’investissement et secrétaire d’un comité. Le cas est construit. Le dossier porte sur un investissement industriel : une ligne neuve défendue par Vincent Garel, ou la rénovation proposée par Élise Brunet. Isabelle Morand doit arbitrer.
FormadiLib. L’important n’est pas d’étiqueter les personnes, mais de voir comment un montant, une préférence ou une réserve pèse dans la discussion.
La journaliste. L’outil numéro trois, « Changer de point de départ », propose d’examiner chaque option séparément par écrit, avant la discussion. On évite ainsi que la première proposition serve de mesure aux suivantes. Les mêmes critères aident à comparer les possibilités, les exigences et les incertitudes.
FormadiLib. Antoine demande des évaluations distinctes de la ligne neuve et de la rénovation. Il rapproche ensuite les réponses sans commencer par l’écart de prix. Les différences peuvent venir des projets ou d’informations qui ne coïncident pas. Un montant ne parle qu’une fois son périmètre éclairci.
La journaliste. À votre tour : dans une comparaison récente, quelle option avez-vous examinée en premier ? Si vous aviez découvert l’autre proposition avant, votre impression aurait-elle changé ?
FormadiLib. L’outil numéro deux, « Qui oriente le choix ? », traite l’influence de la hiérarchie sur les avis. On entend d’abord les personnes les moins haut placées, avant que la personne qui décide exprime sa préférence. On compare les raisons, pas le nombre de voix alignées.
La journaliste. Antoine demande à Élise et Luc de formuler leurs réserves séparément. Il note la préférence d’Isabelle à part. Le livre propose aussi ce test : cette idée recevrait-elle le même accueil si elle venait d’une autre personne ? Une unanimité rapide mérite une question, sans prouver à elle seule un problème.
FormadiLib. Ce déplacement peut faciliter l’expression d’une objection, sans garantir de meilleurs avis. Un silence isolé ne prouve pas que l’autorité a pesé. Le but est de faire apparaître les raisons avant que la position de la personne la plus haut placée ne colore l’échange.
La journaliste. Et si l’équipe a déjà une préférence ? L’outil numéro six, « La question contraire », propose de chercher les faits qui pourraient la faire changer. On les formule clairement, puis une personne distincte du décideur les recherche dans le dossier. Les éléments trouvés comptent dans l’examen final, même s’ils ne renversent pas la conclusion.
FormadiLib. Antoine demande quelles données rendraient chaque projet moins adapté : capacité réelle, coûts comparés à périmètre égal ou durée d’arrêt. Chacun écrit ses hypothèses.
La journaliste. Une deuxième question pour vous : quelle information pourrait vous faire réviser une opinion que vous défendez aujourd’hui ? Si rien ne vous vient, est-ce que les faits sont établis, ou ne cherchez-vous plus de réponse et protégez-vous votre conclusion ?
FormadiLib. Le livre avance en trois mouvements : « Voir ce qui oriente le choix », « Éprouver ses certitudes dans l’action » et « Apprendre sans embellir le résultat ». Chaque chapitre associe un conte imaginé, des repères, une proposition à essayer et une fiche outil. Le carnet du lecteur propose des pages avant le résultat, au moment de l’objection et après.
La journaliste. On peut reprendre un dossier, noter ce qui était connu au départ, puis revenir aux objections et aux effets observés. Le parcours invite à conserver les premières formulations plutôt qu’à réécrire l’histoire après coup. La méthode accompagne le jugement, sans s’y substituer.
FormadiLib. Une grille n’est ni un diagnostic psychologique ni une garantie d’impartialité. Rechercher des éléments contraires ne doit pas devenir une objection de façade ni retarder la décision sans fin. Un résultat heureux ne prouve pas un raisonnement solide : il faut examiner séparément le processus et l’issue.
La journaliste. Et comment se termine l’histoire du comité ?
FormadiLib. Dans le livre, Isabelle choisit finalement la ligne neuve, après validation du budget complet, d’une clause d’essai et des engagements commerciaux. La ligne démarre en septembre, la capacité est vérifiée en novembre, et le client confirme son contrat de trois ans.
La journaliste. Le Carnet de ressources du livre, sur formadilib.fr, vous propose une ressource de l’INRS sur les biais et les nudges, un éclairage de HAL sur le biais de confirmation, et une émission de France Culture consacrée à l’escalade d’engagement. Chaque livre FormadiLib a son Carnet de ressources.
FormadiLib. Biais cognitifs : déjouer les pièges, collection Lignes de conduite, sur Amazon. Et tous les Carnets de ressources sur formadilib.fr.
La journaliste. Merci d’avoir prêté vos idées à cet exercice.
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