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Portrait à l'encre d'Elisabeth Grimaldi d'Esdra
Dessin d'après photographie

Elisabeth Grimaldi d’Esdra a été professeure en école de commerce, consultante, dirigeante et DRH. Depuis dix ans, elle accompagne des dirigeants au sein de Coaching L’intégrale, entité de Formadi Conseil. Dans son livre Le coaching, L’intégrale (2025), une chroniqueuse, Antonia V., interroge sa pratique. Cet entretien reprend ce dialogue et va plus loin : la méthode, étape par étape.

Pourquoi « intégral » ?

Le mot a trois racines. Intégratif : on relie ce que la fonction a séparé. Complet : rien n’est laissé de côté, ni l’intuition, ni l’éthique, ni l’histoire personnelle. Exact : on cherche la justesse. Pas l’effet.

Il y a aussi l’image mathématique. Une intégrale, c’est la somme d’éléments infiniment petits. C’est mon travail. Aider un dirigeant à reconstituer le tout à partir de ses fragments. Sans rien jeter.

« Réunir sans confondre. Distinguer pour unir. »

Par où commence un cycle ?

Par une pause. On ne pense pas autrement en courant. Alors je propose de suspendre. Pas de tout arrêter : de créer une pause pleine.

Souvent, la première phrase dit déjà tout. Un directeur général m’a dit un jour : « J’avance de mémoire. » Rien ne lui manquait. Ni les compétences, ni l’organisation. Le fil n’était pas perdu. Il était dissocié. Entre ce qu’il faisait, ce qu’il ressentait et ce qu’il portait.

Combien de séances, et dans quel ordre ?

Treize séances, sur six à douze mois. Ce chiffre n’a rien de mystique. Il donne le temps de tracer une trajectoire, sans devenir un protocole.

Trois temps. L’émergence : les questions, les doutes, les lignes de fracture. La décision : la parole passe à l’action. L’intégration : un ordre nouveau, une autre façon d’habiter la complexité.

Le rythme compte. Une séance sans cesse reportée dit déjà quelque chose. Je le fais remarquer. Le tempo fait partie du travail.

Que se passe-t-il au milieu du chemin ?

Il arrive un moment où la personne se voit vraiment. Je l’appelle le point d’alignement fragile. Toutes les pièces sont là. Pas encore assemblées.

Alors on avance en spirale. Voir. Comprendre. Laisser résonner. Agir. Certaines étapes touchent au désir, à l’origine. D’autres sont plus structurées : les nœuds, les figures d’autorité, la projection stratégique.

Il y a une étape que j’appelle franchir le miroir. On relit toute la trajectoire. Pas pour la justifier. Pour en voir les intentions. Et les angles morts.

Comment aidez-vous à décider ?

Une vraie décision ne se décrète pas. Elle se prépare. Elle apparaît quand toutes les parts de soi vont dans le même sens.

Un président de holding familiale m’a dit : « Je tranche vite, mais je décide lentement. » Tout est là. Le coaching ne sert pas à aller plus vite. Il aide à fonder ses choix.

Souvent, décider, c’est renoncer. À une option. À une croyance. À une image de soi. Je ne force pas ce renoncement. Je le rends pensable. Puis possible.

Et quand tout paraît trop complexe ?

Les dirigeants ne s’épuisent pas sous le nombre des problèmes. Ils s’épuisent de ne plus pouvoir les relier.

J’écoute comme on déplie une carte. Je repère les plis, les zones mortes, les points où quelque chose émerge. Je ne trace pas la route. Le dirigeant pose ses propres repères. Il a souvent dessiné la carte pour les autres, et perdu sa propre boussole.

Certaines tensions ne se résolvent pas. Performance et bienveillance. Transparence et secret nécessaire. On apprend à les porter.

Quels sont vos outils en séance ?

Peu d’outils. D’abord un cadre précis : horaires, lieu, durée, prix, confidentialité. Ce cadre protège. Il permet de quitter un moment le masque de la fonction.

Ensuite, la reprise : redire un mot, une phrase, au moment où il prend sens. Et le silence. Beaucoup veulent le remplir. Je le laisse s’étirer, se densifier. C’est souvent là que la vraie parole arrive.

Enfin, je n’attends rien. Ni qu’il change, ni qu’il se dépasse. Cette absence d’attente rend le travail fertile.

« Ne rien attendre, tout permettre. »

Quelle place pour la question ?

La première. Chez moi, une question n’est pas un outil. C’est un acte. Elle ne dirige pas. Elle ne manipule pas. Elle ouvre.

Je pense à un dirigeant qui portait seul une restructuration depuis six mois. À la troisième séance, une question simple, posée lentement : « Et vous, dans tout ça, où êtes-vous ? » Personne ne la lui avait posée. Quelques semaines plus tard, il n’a pas tout changé. Il a tout réordonné.

« Nous ne manquons pas de réponses. Nous manquons de bonnes questions. »

Et à ceux qui se disent : « encore un coach de plus » ?

Je leur réponds ceci. Vous avez sans doute tout. Mais avez-vous rassemblé les pièces ? Et savez-vous quel sens les relie ?

Pour aller plus loin

Elisabeth Grimaldi d'Esdra sur LinkedIn →

Le site Coaching L’intégrale →   Le premier entretien avec Elisabeth Grimaldi d’Esdra →   La collection Femmes au travail →   Toutes les lettres de l’éditeur →