Vous avez dirigé avant d'accompagner. Qu'est-ce que cela change ?
Beaucoup de choses. J'ai connu les comités où il faut trancher vite. Les recrutements, les cadres à intégrer, les arbitrages qu'on emporte chez soi le soir. Je sais le poids d'une décision qu'on ne partage avec personne.
Alors, quand un dirigeant s'assoit en face de moi, il n'a pas besoin de m'expliquer le décor. Le conseil d'administration, la réorganisation, les équipes : je les connais. Nous pouvons aller ailleurs. Vers lui.
Qu'est-ce que le coaching, pour vous ?
Un lieu. Un lieu sans enjeu de pouvoir, où l'on vient pour mieux se comprendre, puis pour décider. Pas une thérapie. Pas une formation. Pas du conseil au sens habituel non plus.
J'y croise trois héritages. Le coaching classique, pour garder les pieds dans le réel. L'écoute attentive, parce que la parole agit, et que les mots disent parfois autre chose que ce qu'ils disent. Le regard du conseil, enfin, pour nommer ce que personne n'ose nommer : les jeux de pouvoir, les loyautés, les freins.
Mais je ne décide jamais à la place de l'autre. J'ouvre une vision. Le chemin, c'est lui qui le prend.
Comment se déroule un accompagnement ?
Un cadre ferme. Un cadre discret. Douze à quinze séances, en général. Et trois temps.
D'abord retrouver l'alignement : ce que la personne ressent, sans oser encore le dire. Puis la décision, qui n'est jamais un geste instantané ; elle mûrit, elle prend racine. Enfin la hauteur : regarder la situation de loin, comme d'un sommet, pour ne plus se noyer dans les urgences.
Mon outil premier, c'est l'écoute. Lente. Et la question juste, posée au bon moment. Elle vaut souvent plus qu'un conseil. Puis je m'efface. Le bon accompagnement est celui qu'on oublie : la personne a repris la main.
Qu'est-ce qui pousse un dirigeant à vous appeler ?
Rarement une crise. Plutôt une lente érosion. Tout fonctionne encore. Mais l'élan s'en va. Une réunion ordinaire qui épuise. Une phrase entendue cent fois qui sonne soudain faux. Ce n'est pas l'épuisement. C'est autre chose : une désaffection, silencieuse.
Certains la couvrent de bruit. L'agenda plein, l'urgence permanente : on ne pense plus, c'est plus confortable. D'autres restent par loyauté. Ou parce que la réussite est devenue une façade qu'on n'ose plus fissurer.
Ces petits signaux ne disent pas une faiblesse. Ils disent quelque chose de vrai. Il faut les entendre. Sans en faire un drame.
Faut-il tout changer quand rien ne va plus ?
Non. Bouger ne veut pas dire progresser. Je me méfie des grands projets qui arrivent trop vite : partir, créer, tout recommencer ailleurs. Parfois, ils évitent la seule question qui compte.
Le vrai travail, c'est le discernement. Qu'est-ce qui doit bouger ? Qu'est-ce qui doit rester ? Toute transition s'appuie sur quelques repères qui ne changent pas.
Ensuite viennent de petits gestes. Ils réveillent des résistances, autour de soi, en soi. C'est normal. Il ne faut pas s'isoler. Il faut accepter l'inconfort quelque temps : c'est un passage, pas un échec. Les vrais tournants se jouent rarement en public. Ils se vivent d'abord en soi.
Les femmes que vous accompagnez vivent-elles ces moments autrement ?
Je vois souvent chez elles une énergie remarquable. Celle de femmes qui ont appris à avancer sans jamais montrer la moindre faiblesse. Le prix ? La peur de décevoir. Une image de soi qui devient étroite. Et une solitude qui grandit à chaque nouveau poste.
Habiter sa place autrement, c'est accepter une autorité plus simple. Une autorité qui ose dire : je ne sais pas encore.
C'est pour cela que la collection Femmes au travail me parle. Diriger sans s'isoler, Réussir sans se perdre, Réussir sa prise de fonction au féminin : ces guides partent de situations vécues. Ils donnent des outils simples, que chacune adapte. Ils ne remplacent pas un accompagnement. Mais ils aident à mettre des mots sur ce qu'on vit. Et souvent, tout commence là.
Un mot à celle ou celui qui hésite à se faire accompagner ?
Les raisons de ne pas le faire semblent toujours solides. Pas le temps. Pas besoin. Tout va bien. Elles résistent rarement à une heure de vraie conversation.
Toute décision expose. Beaucoup repoussent les leurs, moins par manque de courage que faute d'un endroit où les réfléchir. Le coaching offre cet endroit. Il ne vous dira pas quoi faire. Il vous rendra vos choix.
Pour aller plus loin
Elisabeth Grimaldi d'Esdra sur LinkedIn →
Le site Coaching L'intégrale →
La collection Femmes au travail → Toutes les lettres et entretiens de l’éditeur →








