Un journal que j’apprécie et que je lis très régulièrement vient d’annoncer, dans l’éditorial du directeur de la rédaction, une décision apparemment bien tranchée (L’Express du 29 octobre 2026) : « Fidèle à ses valeurs, L’Express bannit les articles générés par IA. »
Il y a certainement la difficulté de pister toutes les formes de langage artificiel. Je me suis « amusé » récemment à coller dans l’un de ces outils débusqueurs un chant de La Divine Comédie de Dante. La machine m’a répondu que ce texte, par son écriture très régulière, pouvait laisser penser qu’il avait été travaillé avec l’IA. C’est amusant, sans plus. On se doute bien que Dante n’a pu bénéficier de l’outil IA.
Revenons au sujet. De quoi parle-t-on quand on parle de texte « généré » ? Si l’on en croit les dictionnaires, cela peut signifier : produire, être la source de, et, avec l’IA, créer de manière automatique (?), etc. On mesure la difficulté des définitions.
Quand on se lance dans la production d’un texte, quelques étapes se présentent : avoir l’idée, trouver l’angle d’attaque, dépasser ses intuitions et creuser ses ressources documentaires ou en trouver de nouvelles, aller au fait, structurer ses idées dans un plan articulé. Relire, raccourcir, corriger, vérifier une nouvelle fois les références… Toutes ces étapes participent à la création d’un texte.
Vraiment ? Aucun des journalistes n’utilisera un outil d’IA pour l’appuyer dans son travail ? Pourquoi s’en priver ? Je ne sais.
Ne revenons pas sur les anciennes manières d’écrire (légèrement sublimées dans le discours contemporain), mais constatons qu’on ne pourra pas faire abstraction de la technique pour écrire des articles comme des livres.
Plus fondamentale et novatrice apparaît l’expérience menée par le quotidien italien Il Foglio depuis 2025. Le quotidien livre à ses lecteurs un supplément hebdomadaire entièrement rédigé par l’IA. Aux lecteurs et aux journalistes, chacun dans son rôle et sa posture, d’apprivoiser la nouveauté.
« Il ne faut pas dire : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau », dit le proverbe. Oui, peut-être… pendant quelque temps. Et ensuite ?
Pour notre part, vivre l’expérience d’Il Foglio (journal remarquable d’intelligence et de talents) a été fondateur pour lancer, à notre niveau, plusieurs expérimentations modestes dans le domaine de l’IA. FormadiLib en est l’une des suites.
Nous écoutons, nous testons, nous corrigeons, nous avançons.
Quelqu’un, l’autre jour, a voulu absolument me donner sa position : « Rien ne vaut le “slow made” ». C’était sans doute aussi une manière de donner son appréciation sur notre travail.
L’important, l’essentiel, est ailleurs : la capacité à poser les questions fondamentales, le goût de chercher des références inspirantes, la tentative de transmettre à d’autres, le plus clairement possible, ses convictions au regard des faits constatés et analysés.
Il y a fort à parier que les positions catégoriques vont s’ajuster.
Jean Grimaldi d’Esdra, éditeur de FormadiLib
Pour aller plus loin
- Notre manifeste IA →, comment FormadiLib travaille avec l’intelligence artificielle
- Notre exigence →
- Toutes les lettres de l’éditeur →







