Chez lui, les rayonnages ont débordé depuis longtemps. Les volumes montent en piles sur le parquet, au pied du fauteuil, contre les murs, et il arrive qu’une pile cède dans la nuit. Il la remonte le lendemain, un peu plus haut.
Le professeur et l’art de transmettre
Avant d’écrire des livres, Aurèle a enseigné l’histoire. Jeune professeur, il a découvert devant ses élèves qu’un savoir ne vaut que s’il passe. Il fallait choisir l’essentiel, trouver l’image juste, raconter au lieu d’énumérer. De ces années est née sa passion pour une vulgarisation de belle qualité : exacte sur le fond, claire dans la forme, jamais condescendante.
Un nez de bouquiniste
Il connaît les boîtes vertes des quais de Seine, les bouquineries de province, les ventes de fin de bibliothèque où l’on repart avec un carton entier pour le prix d’un dîner. Il achète souvent le même livre deux ou trois fois : une édition ancienne pour le papier et les notes d’un lecteur disparu, un poche pour lire au crayon, une édition savante pour vérifier. Il reconnaît une bonne édition à l’odeur, au grain du papier, à la façon dont le dos s’ouvre.
Et pourtant, le numérique
Cet homme des piles est aussi un passionné du numérique. Sa liseuse ne quitte pas l’accoudoir. Il passe des soirées dans Gallica, dans les fonds numérisés des bibliothèques, dans la presse ancienne, où une lettre ou un article d’époque vient corriger ce que les biographies répètent. Pour lui, le papier et l’écran ne se font pas concurrence : l’un donne le temps long, l’autre l’accès direct aux sources. Il a deux bibliothèques, celle qui s’affaisse dans son salon et celle qui loge dans sa poche.
Le goût des fiches
C’est encore chez un bouquiniste qu’il a trouvé son modèle. Dans un carton, il est tombé sur des fiches de l’Encyclopédie du monde actuel, l’EDMA, publiée par les éditions Rencontre à Lausanne de 1964 à 1971 : des cartes perforées d’environ cinq cents mots chacune, deux minutes de lecture, qu’on pouvait classer à sa guise (Le Monde, 1965). Il les a achetées toutes, puis il en a cherché d’autres. Ces fiches lui ont appris ce qu’il applique encore : dire l’essentiel en peu de mots, et aider la mémoire à garder ce qu’on vient de comprendre. C’est pourquoi chaque tome de Connais-moi se termine par des fiches-clés, une chronologie et un glossaire, pour que le lecteur emporte des repères et pas seulement une impression.
Comment il travaille
Avant d’écrire une ligne, il lit : les textes de la figure elle-même quand ils existent, les grandes biographies, les travaux récents des historiens. Il trace une chronologie, repère les scènes qui révèlent un caractère, note les idées reçues qu’il faudra démêler. Puis il écrit court, pour un lecteur qui n’a jamais ouvert le sujet. Sa règle : approcher l’homme ou la femme sans le simplifier, sans l’encenser ni le caricaturer, et laisser le lecteur avec l’envie d’aller plus loin.
D’où vient Connais-moi
L’idée est née d’un manque. Aurèle avait sur ses étagères une biographie de neuf cents pages et, sur son écran, des fiches de quelques lignes. Entre le pavé savant et le résumé expéditif, il manquait un livre : un récit clair, vivant et sourcé, qu’on lit en quelques heures et qui laisse des repères solides. Connais-moi est ce livre, décliné figure après figure, chez FormadiLib.
Pourquoi ces quinze figures
Le premier tome ne pouvait aller qu’à Augustin. C’est le deuxième prénom d’Aurèle, et les Confessions sont peut-être le premier livre où un homme se raconte de l’intérieur.
Pour les suivants, il a cherché des noms que tout le monde croit connaître et dont on sait, au fond, peu de chose :
- Le pouvoir, conquis, exercé, perdu : Jules César, Alexandre le Grand, Gengis Khan, Louis XIV, Napoléon et Winston Churchill.
- La Révolution vue des deux bords : Marie-Antoinette et Robespierre.
- Une vie entière au service d’une fonction : Élisabeth II.
- La pensée qui dérange : Socrate.
- Ceux qui ont changé notre quotidien : Nikola Tesla, Louis Pasteur et Gustave Eiffel.
- L’art qui fait rire et pleurer le monde : Charlie Chaplin.
À chaque fois, la même curiosité : retrouver la personne derrière le nom célèbre.
Une deuxième série en chantier
Aurèle travaille déjà à une deuxième série de Connais-moi. Les noms restent pour l’instant dans ses carnets. Une chose est sûre : les piles autour du fauteuil ont recommencé à monter.
À propos de ce nom
Aurèle Vivens est un nom de plume. Derrière lui se trouve le fondateur de FormadiLib, dont il est le double plus jeune : mêmes goûts, mêmes fiches de l’EDMA lues dès l’enfance, mêmes quinze figures choisies. Le portrait est imaginé : illustration originale FormadiLib.







